ONISEP · Programme national Avenir(s)
Module Lycée — construire son orientation, pas seulement s’informer
Repenser le parcours d’orientation des lycéens et donner aux professeurs principaux un outil de suivi qui remplace enfin le tableur tenu à côté.
01
Contexte & problème
Le Module Lycée est la brique d’Avenir(s) destinée au second cycle. C’est le moment où l’orientation cesse d’être une exploration et devient une décision : voies, spécialités, vœux, échéances. C’est aussi le moment où l’écart se creuse entre les élèves accompagnés et les autres.
Le module existant faisait ce qu’on lui demandait — donner de l’information — mais pas ce dont les élèves avaient besoin : construire, revenir, ajuster.
Le problème, formulé simplement
Les lycéens s’informaient. Ils ne construisaient pas. Et les adultes chargés de les accompagner n’avaient aucun moyen de voir qui décrochait, sauf à le noter eux-mêmes dans un tableur.
Deux parcours à réconcilier
Côté élève : un bilan d’orientation long, abandonné en cours de route, sans restitution motivante. Côté enseignant : aucune vue d’ensemble de la classe, donc un repérage tardif — souvent après le conseil de classe, c’est-à-dire trop tard pour agir.
02
Research & insights
La recherche s’est concentrée sur l’écart entre l’intention du produit et son usage réel, avec deux volets complémentaires.
Qualitatif — comprendre le décrochage
Entretiens semi-directifs avec des élèves de seconde, première et terminale, des professeurs principaux et des PSY-EN, sur trois académies. Guide en cinq blocs : parcours scolaire, représentation de l’orientation, usage des outils existants, moments de bascule, attentes. Verbatims codés par affinity mapping.
Six observations en situation, en classe pendant les heures dédiées à l’orientation, ont montré une réalité que les entretiens ne captaient pas : l’élève travaille par sessions très courtes, souvent interrompues, dans un environnement bruyant, sur un matériel qu’il ne choisit pas.
« On a une heure. Le temps que tout le monde se connecte, il en reste vingt minutes. »
Quantitatif — dimensionner
Le questionnaire stratifié par académie et par voie (1 200 réponses, marge d’erreur ± 2,8 % à 95 %) a permis de vérifier que les frictions observées n’étaient pas des cas isolés.
D’abandon avant le troisième écran du bilan d’orientation
Session par élève et par trimestre — un usage ponctuel, pas un suivi
Des professeurs principaux tenaient un tableur parallèle
Trois insights structurants
- L’effort doit être payé tout de suite. Un élève accepte de répondre s’il obtient quelque chose d’exploitable dans la minute.
- La session est courte et fragmentée. Tout parcours qui suppose vingt minutes continues est un parcours qui sera abandonné.
- Le suivi enseignant est une fonctionnalité produit, pas un rapport. Tant qu’il n’existe pas dans l’outil, il existe dans un tableur.
03
Exploration & solution
Découper le bilan en séquences autonomes
Le bilan monolithique a été redécoupé en séquences courtes, chacune indépendante et chacune produisant une restitution immédiatement lisible. L’élève peut s’arrêter à la fin de n’importe quelle séquence sans perdre le bénéfice de ce qu’il a fait — ce qui rend l’usage compatible avec les vingt minutes réelles observées en classe.
Rendre la reprise évidente
Un état de progression persistant, visible dès l’arrivée, indique ce qui est fait, ce qui reste et où reprendre. L’élève n’a plus à reconstruire mentalement le fil de la session précédente.
Concevoir la vue classe
Le tableau de bord enseignant a été conçu à partir du tableur que les professeurs principaux tenaient déjà : quelles colonnes, quel tri, quel signal d’alerte. Plutôt que d’inventer une vue, nous avons formalisé celle qu’ils avaient construite eux-mêmes, puis l’avons enrichie du seul élément qu’ils ne pouvaient pas produire à la main — le niveau d’avancement réel de chaque élève dans son bilan.
Pas de score d’élève, pas de classement. Le tableau de bord signale un niveau d’avancement et un besoin d’accompagnement, jamais une performance. Une interface de suivi dans un contexte scolaire porte une responsabilité : elle ne doit pas transformer un outil d’aide en outil de jugement.
Trois vagues de tests
Chaque itération a été testée auprès des trois publics, avec mesure SUS et taux d’achèvement à chaque vague. Les ajustements ont porté sur la longueur des séquences, la formulation des restitutions et la densité de la vue classe.
04
UI & design system
Le module s’appuie intégralement sur le DSFR et sur les patterns produits définis au niveau de la plateforme Avenir(s) — même vocabulaire d’interface, mêmes composants, même grammaire d’accessibilité.
Contributions au système
- Carte de séquence : unité de base du parcours élève — état, durée estimée, restitution associée, reprise.
- Bandeau de progression : composant persistant de continuité entre sessions.
- Vue classe : tableau dense conçu pour la lecture rapide — hiérarchie typographique stricte, signaux d’attention non exclusivement colorés, tri et filtrage accessibles au clavier.
Contraintes d’accessibilité tenues en conception
- Aucune information portée par la seule couleur : chaque signal d’attention est doublé d’un libellé et d’une forme.
- Tableaux de données correctement structurés (en-têtes associés, portée déclarée) pour rester lisibles au lecteur d’écran.
- Parcours complet réalisable au clavier, ordre de tabulation spécifié en maquette.
- Contrastes vérifiés à la source sur l’ensemble des états, y compris désactivé et focus.
Les écrans du module font partie des sept écrans audités affichant 100 % des critères RGAA applicables conformes.
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Impact & apprentissages
Achèvement du bilan d’orientation élève (+41 pts)
Temps de repérage des élèves en difficulté par les enseignants
Score SUS sur le périmètre Avenir(s), en 3 itérations
Ce que je retiens
Le contexte d’usage prime sur le parcours idéal. Aucune maquette ne survit à une salle de classe où il reste vingt minutes après la connexion. Les six observations en situation ont eu plus d’effet sur la conception que les quinze entretiens.
Un tableur parallèle est une spécification gratuite. Il dit exactement quelles colonnes comptent, dans quel ordre, et quel signal l’utilisateur cherche en premier.
Concevoir pour un public captif engage. Un élève ne peut pas choisir un autre outil. Cela impose une exigence supplémentaire : ne jamais faire porter à l’interface un jugement que l’utilisateur n’a pas demandé.
Ce que je ferais autrement. J’aurais impliqué les PSY-EN dès la première vague de tests plutôt qu’à la deuxième : leurs besoins de profondeur ont fait ressortir tardivement des cas limites sur la vue individuelle.